Le contexte

 

 

À Rieux, tout le monde attendait les Américains après quatre années de guerre et de privations. Tous les habitants savaient que, depuis le 1er septembre, un groupe de SS avait pris position à Carnières, à cinq endroits différents, pour freiner l’avancée des Américains, mais que les FFI du village les combattaient.

Le 2 septembre, un convoi allemand venu d’Iwuy se dirigeait vers Rieux-en-Cambrésis. Il était composé d’une estafette, d’un véhicule équipé d’une mitrailleuse prêt à faire feu et de véhicules légers avec des soldats armés.

Ce funeste convoi continua son chemin et arriva rue d’Iwuy, aujourd’hui rue Joseph Dollet, au niveau de la maison de Monsieur Havet. Jacqueline Petit, aujourd’hui Madame Lemaire, raconte qu’elle et son frère Daniel regardaient l’affiche du cinéma, place Jean Jaurès, quand ils ont vu les Allemands. Le chef, debout sur le marchepied, regardait une carte et montra la direction de Carnières. Les enfants prirent peur et se cachèrent dans l’espace entre les deux maisons (maison de Madame Lunel et de Monsieur Deudon). Quand le convoi ne fut plus visible, les deux enfants repartirent.

Ces Allemands armés, prêts à faire feu sur n’importe qui, n’importe quoi, arrivèrent au niveau de la mairie. Dehors se trouvaient Monsieur Hidot, secrétaire de mairie, et le garde champêtre. Tous deux, surpris de voir débouler ce convoi si menaçant, s’inquiétèrent pour les Rieuxois qui empruntaient fréquemment cette route.

Le convoi arriva ensuite rue de la Gare. Le deuxième terrain de foot, à l’époque, était une pâture avec un abri qui servait à protéger le fermier lorsqu’il allait traire les vaches. Le chef SS envoya des soldats en reconnaissance pour voir si personne ne s’y cachait.

Autour, dans les champs, des hommes étaient affairés à épandre du fumier. Il y a « François », qui s’allonge entre les routes de fumier lorsqu’il voit les Allemands, et Monsieur Grand Jean, qui préfère continuer son travail sans les regarder.

Le massacre

C’est après le virage que les Allemands découvrirent un groupe d’hommes qui s’enfuirent en les voyant. Les Allemands prirent le temps de les regrouper sur la rive, là où se trouve la croix. Onze Rieuxois furent ramenés sur le talus. Les Allemands tirèrent une rafale de mitrailleuse, puis prirent le temps de les achever d’une balle dans la tête.

On peut supposer que c’est là qu’ils virent Messieurs Dupuis père et Florian Petit, qui revenaient du Pont à Vaques. Selon Monsieur Cardon, il y avait un camion allemand abandonné et ces derniers étaient partis plus tôt dans la matinée pour découvrir s’il n’y avait rien à récupérer. Une rafale de mitrailleuse faucha Monsieur Petit à la ceinture et une balle tirée du camion les achèvera… Il est environ 11 h 30. Puis le convoi tourne à gauche en direction d’Avesnes-les-Aubert.

Pendant ce temps, les Rieuxois préparaient l’arrivée des Américains. Les hommes ressortaient quelques vieilles bouteilles cachées, les femmes et les enfants faisaient des bouquets pour les accueillir.

Les Américains arrivent!

Ils sont là, enfin là!

Un char passe, c’est le premier. Il s’appelle Betty… puis un autre. Les Américains arrivent au centre du village vers 13 h. C’est une colonne mobile de blindés légers. Les cloches sonnent à toute volée. Les habitants acclament les libérateurs, enfin libres après quatre longues années.

Mais la fête à Rieux n’a été que de courte durée.

Arrivé sur la place de la mairie, le convoi s’arrête. Un militaire des transmissions demande à parler à quelqu’un. C’est Nell Sarginson, une Anglaise réfugiée avec ses trois filles au 15 de la rue Robespierre, qui monte sur le char et discute avec le soldat. Celui-ci lui annonce qu’il y a des corps là-haut et peut-être une femme.

Le commandant, au téléphone, hurle pour se faire entendre et fait arrêter les cloches qui sonnaient à toute volée.

C’est lorsque le commandant, au téléphone, donne l’autorisation d’aller sur les lieux du drame que commence le douloureux moment de transporter les corps.

Beaucoup de Rieuxois montent à la Tour pour reconnaître un père, un fils, un frère, un voisin, ou simplement pour soutenir un membre de la famille dans le deuil.

L'enterrement

🕊️ En mémoire des 13 victimes

Le 2 septembre 1944, alors que Rieux-en-Cambrésis s’apprêtait à être libéré, 13 Rieuxois et réfugiés furent fusillés par les soldats allemands.

Parmi eux, des hommes engagés dans la Résistance, des membres des FFI, mais aussi de très jeunes hommes, comme Pierre Dislaire, 14 ans, Fabien Dusard, 16 ans, et Yves Wallez, 16 ans.

Voici les 13 victimes de cette tragique journée :

  • Louis Bay, 24 ans, FFI – branche Libération-Nord
  • Alphonse Dislaire, 23 ans, Rieuxois, FFI
  • Pierre Dislaire, 14 ans, Rieuxois, FFI
  • Lucien Doyen, 21 ans, FFI – branche Libération-Nord
  • Fabien Dusard, 16 ans, réfugié chez la famille Beauvois, rue Maurice Camier, lycéen et FFI
  • Eugène Dupuis fils, 32 ans, FFI
  • Eugène Dupuis père, 57 ans, FFI
  • Fernand Dupuis, 32 ans, réfugié chez sa tante et son oncle, FFI
  • Fernand Genet, 45 ans, FFI – branche Libération-Nord
  • Florian Petit, 36 ans, marié à Marcelle Cacheux, père de Jacqueline et Daniel, résistant et FFI au grade de sergent
  • Jean Wallez, 23 ans, FFI
  • Yves Wallez, 16 ans, FFI
  • Jacques Welti, 18 ans, réfugié chez M. Doyen, rue Maurice Camier, FFI

Derrière ces noms, ce sont 13 vies, 13 familles et 13 histoires qui ont été brutalement interrompues.

Aujourd’hui encore, leur mémoire fait partie de l’histoire de notre village.

N’oublions jamais.