L’affaire du pigeon voyageur : un acte de résistance à Rieux-en-Cambrésis
Pendant l’occupation allemande, nos alliés anglais demandaient aux habitants de la zone occupée de leur transmettre des renseignements sur les positions de l’armée allemande.
Pour cela, des pigeons voyageurs étaient parachutés dans de petits paniers. À chaque pigeon était attaché un questionnaire, glissé dans une bague étanche fixée à sa patte. Une fois les renseignements recueillis, il suffisait de relâcher l’oiseau pour qu’il reparte vers les lignes anglaises.
Le 20 octobre 1917, Aimée Beauvois, âgée de 25 ans, travaillait dans les champs lorsqu’elle découvrit l’un de ces parachutes, accompagné de son panier et de son pigeon.
Mais la loi allemande interdisait formellement de posséder des pigeons voyageurs.
Consciente du risque, Aimée cacha l’oiseau et le ramena chez son père, Nicolas Beauvois. Une fois à la maison, ils découvrirent le questionnaire.
Nicolas enterra le parachute et le panier dans le jardin. Avec l’aide de son ami Pierre-Joseph Thuilliez, garde champêtre du village, il remplit ensuite le document. Ils y consignèrent tous les renseignements dont ils disposaient sur l’ennemi et sur l’état d’esprit de la population.
Nicolas signa le questionnaire sous le pseudonyme « Le Coq ».
Le pigeon prit alors son envol. Malheureusement, il fut abattu par des soldats allemands. Une enquête fut immédiatement ouverte afin de retrouver l’auteur des renseignements transmis.
Cette découverte allait marquer le début d’une affaire aux conséquences dramatiques pour plusieurs habitants de Rieux-en-Cambrésis.
L’affaire du pigeon voyageur : arrestation et procès
Après la découverte du pigeon abattu par des soldats allemands, une enquête fut immédiatement ouverte pour retrouver les responsables de la transmission des renseignements aux Anglais.
Les personnes impliquées furent arrêtées, transférées et incarcérées à la prison de Valenciennes. Les autorités allemandes cherchèrent à leur arracher des aveux par la torture.
Aimée Beauvois raconta qu’elle était plongée dans de l’eau glacée. Dans une autre épreuve particulièrement cruelle, elle fut attachée dans une niche à chiens, puis des chiens policiers furent lâchés sur elle dans l’espoir que la terreur lui fasse avouer les faits.
Mais Aimée ne parla jamais.
Elle conserva toute sa vie les traces de ces sévices. Elle n’appelait ses bourreaux que d’un seul nom : « ces pourchaux de Prussiens ».
Pour les deux hommes, Nicolas Beauvois et Pierre-Joseph Thuilliez, la détention fut également un martyre incessant. Afin de sauver sa fille et sa famille, Nicolas Beauvois prit toute la responsabilité sur lui.
Trois jours après leur arrestation, le maire de Rieux-en-Cambrésis, M. Édouard Boudailliez, fut à son tour convoqué à la Kommandantur.
Les Allemands désignèrent alors M. Clavon, instituteur et secrétaire de mairie, pour le remplacer. Celui-ci refusa cette fonction et proposa, avec l’accord de la Kommandantur, M. Lefebvre, conseiller municipal.
L’affaire prenait une nouvelle dimension. Les habitants concernés allaient désormais devoir faire face aux conséquences judiciaires de cet acte de résistance.
L’affaire du pigeon voyageur : des condamnations implacables
À l’issue de l’affaire du pigeon voyageur, le verdict tombe.
Nicolas Beauvois et Pierre-Joseph Thuilliez sont condamnés à mort pour avoir recueilli un pigeon voyageur lancé par l’ennemi et l’avoir relâché avec des renseignements destinés aux Anglais, au lieu de le remettre aux autorités allemandes.
Le maire de Rieux-en-Cambrésis, Édouard Boudailliez, est quant à lui condamné à dix ans de travaux forcés pour complicité.
Cette décision fait l’objet d’une seconde affiche, placardée sur les murs du village sur ordre du commandant Von der Marwitz.
Les condamnations frappent durement les personnes impliquées dans cette affaire. Pour Nicolas Beauvois, Pierre-Joseph Thuilliez et leurs proches, la situation prend une tournure tragique.
La suite des événements les conduira à vivre une nuit qui restera gravée dans l’histoire de Rieux-en-Cambrésis : la nuit des condamnés.


